Bandes noires haut et bas lors de l'affichage d'un format ultra-large sur écran standard — esthétique cinéma mais perte de surface d'image.
Des bandes noires en haut et en bas — c'est la première conséquence visible lorsque l'on affiche un format cinéma comme 2,39:1 sur un moniteur 16:9, sans déformer les rapports d'aspect. C'est ce qu'on appelle le letterboxing, et c'est un compromis constant entre les exigences esthétiques et l'utilisation pratique de l'écran.
En pratique, le letterboxing apparaît lorsque le format de production et le format de diffusion ne correspondent pas. Vous filmez en 2,39:1 parce que cela a un rendu cinématographique et que la salle de cinéma l'exige. Ensuite, arrive la version HD pour le streaming ou la télévision — et le spectateur se retrouve devant son écran 16:9. Sans letterboxing, on couperait soit les côtés (Pan & Scan — une catastrophe pour votre composition), soit on déformerait l'image. Le letterboxing est le moindre mal : on accepte les bandes noires, on préserve la composition de l'image.
Ce qui est intéressant : pendant longtemps, le letterboxing a été un stigmate. Les téléspectateurs des années 90 se plaignaient de ne pas utiliser "tout l'écran". Les studios paniquaient. Aujourd'hui, la perception s'est inversée — le letterbox est devenu un signal visuel de "vrai matériel de cinéma". Les services de streaming l'utilisent consciemment. Un Original Netflix avec des bandes noires signale immédiatement au spectateur : c'est conçu pour être cinématographique, pas une série standard.
Techniquement, lors du mastering, vous devez décider : le letterboxing est-il la norme pour cette distribution, ou une version native 16:9 est-elle demandée ? Dans ce dernier cas, vous aurez effectivement besoin du Pan & Scan ou vous devrez filmer certaines parties du matériel en 16:9. Sur le plateau lui-même, vous en ressentirez peu — votre composition s'oriente sur le format de tournage. C'est au montage que cela devient pertinent : vous vous assurez que les éléments importants se trouvent dans la zone de sécurité, afin que rien de critique ne soit perdu lors de la conversion en letterbox. Et pour le DCP — digital cinema package — le letterboxing est sans importance ; on livre du 2,39:1 natif. Ce n'est qu'à la vidéo à domicile et au streaming que la question se pose.
Le letterboxing crée de l'intimité par le focus — le bord est coupé, l'attention se concentre. Certains directeurs de la photographie l'utilisent consciemment pour des scènes spécifiques, même si le matériel est fondamentalement en 16:9. Un problème technique devient une ressource esthétique.