Générique de fin sur noir ou plans du film — énumère l'équipe. La musique crée une sortie émotionnelle.
Le générique de fin n'est pas une simple liste de noms — c'est votre dernière chance de maintenir le spectateur dans l'espace émotionnel du film. Pendant le générique de fin, il décide s'il quitte le cinéma et sort immédiatement son téléphone ou s'il reste assis une minute de plus dans son fauteuil, laissant l'expérience s'imprégner. C'est de la dramaturgie du montage au plus haut niveau.
En pratique, le générique de fin fonctionne sur trois niveaux simultanément : le technique (qui a participé, exigences légales), l'émotionnel (musique, images, rythme) et le narratif (le générique de fin peut-il encore raconter une histoire ?). Sur le plateau, le générique de fin est souvent traité négligemment — à tort. Au montage, on réalise alors rapidement : un mauvais choix musical ou un fond noir avec une police standard blanche détruit l'impact des deux dernières heures. Inversement, un générique de fin bien pensé, qui défile sur de vraies scènes ou des archives, ou qui utilise une musique de coda spécialement composée, peut donner une nouvelle dimension à l'ensemble du film.
La longueur est un outil dramaturgique sous-estimé. Un long générique de fin sur un fond noir vide ne fonctionne que si la musique et le design sonore le portent — voir Tarkovski ou les derniers Kubrick. Un générique de fin court et rapide avec des plans de montage dynamiques et des chutes convient aux comédies ou aux films d'action. Au montage, je dois décider ici : est-ce que je sers une écriture blanche classique sur fond noir — ou est-ce que j'utilise le matériel du film, des photos du plateau, des archives ? Les deux sont légitimes, mais cela en dit long sur l'attitude du film.
Un autre point : la vitesse de défilement et le rythme doivent correspondre à la musique. J'ai trop souvent vu le texte du générique de fin défiler mécaniquement pendant 5 minutes, alors que la musique s'est terminée après 3 minutes. C'est une négligence artisanale. Le générique de fin respire avec la musique — ou il ne fonctionne pas. Il faut aussi profiter de l'occasion pour rendre visibles les noms moins connus (Boom-Operator, Gaffer, Superviseur des effets visuels) — ces personnes ont travaillé aussi dur que les acteurs. Contrairement au générique d'ouverture, qui construit la structure et la tension, le générique de fin doit faire ses adieux, réfléchir, transfigurer.