Technique de composition en caméra des débuts du cinéma — plusieurs négatifs exposés les uns sur les autres pour créer des surimpression directe. Ancêtre du compositing moderne.
La multiple exposition dans le négatif original — telle était la stratégie principale que les techniciens du cinéma pratiquaient au tournant du siècle pour réaliser des scènes visuellement complexes sans montage ni post-production. Le procédé Bernardi a systématisé ces manipulations : on superposait plusieurs négatifs de film avec une extrême précision et on les exposait successivement pour graver directement dans la pellicule des sosies, des fondus enchaînés ou des composites d'images. Pas de masques, pas de techniques d'impression optique comme plus tard — un pur jeu mécanique de changement de couches.
La pratique sur le plateau était laborieuse, mais élégante dans sa directivité. Il fallait un système de caméra stable qui ne bouge pas entre les expositions, et des masques ou des caches précis pour contrôler quelles zones de l'image étaient exposées. Un acteur pouvait bouger devant la caméra, tandis qu'un second négatif exposait une autre scène derrière lui — ou le même acteur apparaissait deux fois à l'écran si l'exposition était limitée régionalement. Le résultat était immédiatement visible sur le négatif original, aucune étape de copie séparée n'était nécessaire.
Là où le procédé atteignait ses limites : perte de qualité due à la multiple exposition (contraste, grain, teinte), contrôle minimal a posteriori, et complexité logistique lors de la manipulation de plusieurs négatifs simultanément. Une rayure sur le mauvais négatif, une déviation de la durée d'exposition d'un dixième de seconde — et toute la prise était mise au rebut. Pour des effets plus complexes, on passait donc à la technique d'impression optique, qui offrait plus de contrôle, même si elle était plus longue.
Aujourd'hui, le procédé est une référence muséale — important pour les archivistes et les historiens des effets visuels afin de comprendre comment les premiers cinéastes réalisaient des trucages, bien avant que la composition numérique n'existe. Les logiciels de compositing modernes ont traduit la logique de Bernardi dans l'immatériel : calques, masques, modes de fusion. Comprendre l'ancienne mécanique donne un meilleur accès à la raison pour laquelle certains flux de travail fonctionnent aujourd'hui comme ils le font.