Le fondu enchaîné est une technique de montage cinématographique où une image disparaît progressivement tandis qu'une autre lui succède en surimpression, créant une transition fluide entre deux plans.
Détails techniques
Le fondu enchaîné classique est créé par double exposition : un travelling de caméra efface la fin du premier plan, tandis que le diaphragme se ferme simultanément, puis le même segment de film passe à nouveau dans la caméra, tandis que le deuxième plan est exposé avec un diaphragme qui s'ouvre. Numériquement, le fondu enchaîné est réalisé par composition alpha avec des dégradés de transparence linéaires de 100 % à 0 % (première couche) et de 0 % à 100 % (deuxième couche). Les variantes comprennent le fondu enchaîné symétrique (vitesse d'entrée/sortie identique), les fondus asymétriques avec des courbes différentes et les fondus dip-to-color sur des tons intermédiaires.
Histoire et développement
Georges Méliès a déjà expérimenté les techniques de fondu enchaîné en 1899 dans "Cendrillon". La première application standardisée date de 1903 avec "The Great Train Robbery" d'Edwin S. Porter. Le procédé a été techniquement perfectionné en 1912 par le chef opérateur de D.W. Griffith, Billy Bitzer, à l'aide de mécanismes de manivelle modifiés. L'introduction de la caméra d'animation Oxberry en 1941 a permis des fondus enchaînés précis et reproductibles avec une précision d'exposition de ±1/3 diaphragme. Les flux de travail modernes de Digital Intermediate depuis 1999 permettent un contrôle du timing à la milliseconde près et des courbes complexes.
Utilisation pratique au cinéma
"2001 : L'Odyssée de l'espace" (1968) de Kubrick utilise 147 fondus enchaînés pour représenter des échelles de temps cosmiques, y compris la célèbre séquence de 4 minutes de l'os lancé au vaisseau spatial. Tarkovski a établi dans "Stalker" (1979) des fondus enchaînés de 3 à 7 secondes comme transition entre les niveaux de réalité. Numériquement, les courbes de vitesse variables permettent un ajustement dramatique fin : courbes exponentielles pour des transitions oniriques, courbes en S pour une perception naturelle. Sur le plan du flux de travail, les fondus enchaînés nécessitent des poignées d'au moins 24 images avant le point de coupe pour des transitions fluides.
Comparaison et alternatives
Contrairement à la coupe franche (transition de 0 image) et au fondu au noir (transition vers le noir), le fondu enchaîné relie directement deux contenus d'image. Les transitions par volet remplacent des parties de l'image géométriquement, tandis que les algorithmes de morphing transforment le contenu de l'image. Les raccords par analogie de forme (match cuts) obtiennent des effets de continuité similaires sans double exposition. Aujourd'hui, les jump cuts remplacent souvent les fondus enchaînés classiques pour une rythmique énergétique. Les algorithmes de mélange d'images (motion blur) simulent le flou de mouvement, mais diffèrent de la superposition alpha statique par l'analyse du mouvement.