Espace privé pour dailies, montages de l'éditeur ou approbations — petit, obscur, généralement en salle de post-prod. Espace de travail des décideurs.
La salle de projection est l'espace de travail où se prennent les décisions — pas une salle de cinéma, pas publique. C'est ici que le producteur, le réalisateur, le monteur et le caméraman visionnent les premiers montages, évaluent la correction colorimétrique, se synchronisent sur les mixages sonores. Un espace fonctionnel avec une tâche claire : montrer rapidement et de manière fiable ce qui se passe.
Les dimensions de la pièce sont cruciales. Pas trop grande — celui qui regarde les dailies de la veille dans une salle de 80 mètres carrés perd les détails dans le noir. Une salle de projection devrait faire entre 12 et 20 mètres carrés, les sièges étant concentrés pour une distance de visionnage optimale par rapport à l'écran ou au moniteur. L'obscurité doit être absolue : pas de fenêtres, murs noirs, portes étanches. Toute fuite de lumière fausse le jugement sur l'exposition et le contraste — et l'exposition n'est pas négociable, elle est objectivement fausse ou juste. Une salle mal obscurcie a déjà orienté des projets dans la mauvaise direction.
Techniquement, la pièce devrait être équipée pour plusieurs standards : un projecteur DCI 4K (DHD ou Barco, selon le budget), à côté un moniteur de grading haute résolution pour le travail de détail. De nombreux studios utilisent depuis longtemps des moniteurs plutôt que des projecteurs — plus rapides, nécessitant moins d'entretien, et tout à fait suffisants pour les petites salles. Le monitoring doit être calibré, un moniteur non étalonné est pire que pas de moniteur du tout. Le son — peu de temps pour une installation de haut-parleurs grandiose, mais la pièce a besoin d'un setup 5.1 précis ou au moins stéréo sans coins morts. Une bonne salle dispose également d'un colorimètre et d'une hotte pour des mesures ultérieures si le projecteur dérive.
En pratique, on distingue le visionnage des dailies — rapide, informel, souvent le soir après la fin du tournage — et la revue finale — plusieurs heures, lente, avec des répétitions. La salle des dailies peut être plus provisoire, la salle finale doit être calibrée comme un laboratoire. Certaines grosses productions font le tour avec des projecteurs portables, ce qui fonctionne, mais n'offre jamais la fiabilité d'une salle fixe. De nombreux studios de post-production disposent d'une grande salle de projection pour les clients et de plusieurs petites pour les dailies de montage — une solution pragmatique.
La salle de projection est aussi un lieu psychologiquement important : c'est ici que le matériel est pris au sérieux. Pas sur l'écran d'ordinateur portable de l'assistant, pas via un lien Zoom depuis chez soi. Lorsque le producteur et le réalisateur s'assoient côte à côte dans le noir et demandent à revoir une scène, il se passe quelque chose de différent que lors d'une revue à distance. La concentration est plus élevée, la critique plus directe, les décisions sont prises plus rapidement. Une salle de projection fonctionnelle fait gagner du temps et évite les malentendus — mais coûte aussi de l'argent en architecture, électricité, calibration.