Film déjà distribué retour en salles — restauré, remasterisé ou réétalonnage (généralement 4K/DCP). Stratégie de classiques ou contre-streaming.
Une ressortie ramène un film terminé sur grand écran des années ou des décennies après sa sortie originale en salles — généralement avec une mise à jour technique. Il ne s'agit pas simplement d'une nouvelle commande d'une copie, mais d'un re-branding délibéré : le film est restauré, numérisé en 4K, l'espace colorimétrique est recalibré, un DCP est recréé. Parfois, il est même "re-peint" — c'est-à-dire que l'étalonnage des couleurs et le color grading sont entièrement refaits pour répondre aux normes d'affichage actuelles ou pour restaurer l'intention originale dans de meilleures conditions que ce que permettait la version cinéma de l'époque.
Pour le producteur et le distributeur, une ressortie est une double stratégie : d'une part, le marketing nostalgique — de grands titres comme Blade Runner, Metropolis ou Vertigo dans une nouvelle qualité attirent les cinéphiles qui ont manqué le film lors de sa sortie originale ou qui veulent le revivre 15 ans plus tard. D'autre part, c'est tout simplement une réaction concurrentielle aux plateformes de streaming. Si Netflix et Disney+ proposent des classiques de leur catalogue, le cinéma doit répondre par une qualité événementielle — et un scan 4K sur un écran de 10 mètres surpasse n'importe quelle résolution TV. La campagne de ressortie attire également un public plus jeune qui n'a jamais vu le film au cinéma.
Concrètement, sur le plateau et au montage, rien ne change lors d'une ressortie — le matériel original est disponible. Le travail s'effectue lors de l'étalonnage des couleurs, de la numérisation, de la création du DCP. La restauration peut signifier : supprimer les rayures et la poussière des copies d'archives, reconstruire les images manquantes, remixer les pistes sonores pour Dolby Atmos ou 5.1. Parfois, on y découvre des scènes qui avaient été coupées de la version cinéma de l'époque. Blade Runner en est l'exemple parfait : la ressortie du Final Cut en 2007 était une version couleur entièrement retravaillée avec le son original restauré.
La différence avec un remake ou un Director's Cut réside dans l'intention : une ressortie indique explicitement qu'il s'agit de préservation et de présentation dans un nouvel écrin technique, et non d'une réinterprétation. C'est un modèle économique qui a vraiment pris son essor dans les années 2000 avec la numérisation des archives et qui est depuis lors une norme pour l'exploitation des classiques au cinéma — en particulier dans les cinémas d'art et d'essai et lors des grands festivals de cinéma comme Berlin et Cannes, qui présentent régulièrement ces restaurations en avant-première gala.