Courte séquence entre deux actes — musique, montage ou passage graphique qui casse le rythme et compresse le temps. Tarantino et les Coen.
Sur le plateau, on parle d'un interlude lorsqu'on intègre une séquence autonome, généralement courte, qui sépare deux fils narratifs plus importants. Cela fonctionne comme une pause dans le rythme du film — on change la tonalité, le tempo, souvent aussi le lieu. La musique devient un outil dramaturgique. Un morceau de musique joue pendant que les plans de coupe montrent un monde petit, presque intemporel : une voiture roule dans la nuit, un personnage boit lentement son café, ou on voit une série de détails sans dialogue. L'interlude fonctionne comme une virgule — pas superflu, mais nécessaire au flux de la respiration.
En pratique, on travaille en étroite collaboration avec la musique, car elle donne souvent le ton. Tarantino en a fait sa marque de fabrique : avant que la prochaine confrontation n'éclate, un personnage est assis dans une voiture et écoute la radio, ou on voit une traversée de ville pendant que la bande originale domine au cinéma. Les frères Coen utilisent les interludes différemment — souvent plus absurdes, moins étanches, pour créer du suspense ou simplement laisser le temps filer. En montage, c'est votre moment pour ralentir le rythme du montage, peut-être passer à des plans plus longs, ouvrir le cadre.
L'utilité pratique est quadruple : premièrement, vous comblez le temps sans dialogue ni action explicite. Deuxièmement, vous créez un espace pour le traitement émotionnel du spectateur — il en a besoin. Troisièmement, vous pouvez changer de lieu sans que cela paraisse robotique. Quatrièmement — et on sous-estime souvent cela — votre interlude donne au film un visage, une signature. C'est là que votre langage visuel, votre goût musical, votre sens du timing deviennent visibles. Un interlude ne dure souvent que 30 secondes à deux minutes, mais peut marquer tout le film. Veillez à ce qu'il ne paraisse pas arbitraire. Il doit correspondre au rythme du film, et soyez prudent avec la durée — un interlude devient vite kitsch ou complaisant si vous en abusez.