Signal vidéo et audio codé en données binaires, non analogique — standard depuis ~2010. Permet étalonnage, VFX, duplication sans dégradation.
Depuis que les premiers appareils photo numériques sont devenus utilisables dans les années 90, quelque chose a fondamentalement changé sur le plateau — non seulement techniquement, mais dans la logique même de notre travail. Le numérique signifie : la lumière est transformée en pixels par des capteurs, ceux-ci en zéros et en uns, stockables sur des cartes mémoire au lieu de bobines de film. Cela semble abstrait, mais pour vous, en pratique, cela signifie : vous n'avez plus besoin de ménager les lampes comme avant, vous pouvez faire des centaines de prises sans crainte des coûts, et votre première version brute peut être refaite cinq fois sans qu'une copie générationnelle ne perde en qualité.
La conséquence a été une réorganisation complète du pipeline de post-production. Alors qu'auparavant, lors du montage, vous obteniez une copie avec perte, aujourd'hui vous travaillez avec exactement les mêmes données que l'appareil photo a enregistrées. Cela permet le Color Grading tel que nous le connaissons aujourd'hui — pas une correction de couleur comme avant, mais un contrôle créatif réel sur chaque canal, chaque pixel. Les équipes de VFX peuvent travailler avec le même matériel, sans accepter de pertes de conversion. La suite de grading devient le véritable département artistique, pas un atelier de réparation.
Concrètement sur le plateau, vous remarquez la différence ainsi : vous regardez un moniteur qui affiche la version brute en direct — ce que le capteur voit, vous le voyez en temps réel. C'était impossible avec le film analogique ; vous aviez des rapports de laboratoire et des écrans de test. Aujourd'hui, vous réglez la balance des blancs, l'exposition, l'espace colorimétrique sur le moniteur, et vous savez immédiatement après la prise si cela a fonctionné ou non. Cela accélère le processus, mais le rend aussi plus exigeant — car vous assumez immédiatement la pleine responsabilité de l'image brute.
Un piège : les caméras numériques sont sensibles au clipping, aux hautes lumières incontrôlées. Parce que les bits sont limités, vous devez exposer plus intelligemment qu'avant. Le film avait une courbe douce dans les hautes lumières ; les capteurs numériques chutent comme une falaise. Ce n'est pas un défaut du système — c'est la règle qu'il faut comprendre. En contrepartie, le numérique vous offre une flexibilité incroyable dans les ombres, des données à graduer qui étaient auparavant perdues.
Depuis environ 2015, le numérique n'est plus l'avenir, c'est le quotidien — et l'analogique est devenu un choix stylistique, pas une nécessité standard. Cela change la mentalité : vous choisissez le film aujourd'hui consciemment, parce que vous avez besoin de ses caractéristiques, pas parce qu'il n'y avait pas d'alternative.