Procédé couleur français années 50 — film négatif trois couches concurrençant Eastmancolor. Le système propriétaire de Debrie n'a jamais percé face à Kodak.
Debrie a lancé son propre procédé de film couleur au milieu des années 1950 — une réponse française au monopole de l'Eastmancolor de Kodak. Le système était basé sur un film négatif à trois couches, dont la qualité de film brut et les caractéristiques d'exposition se rapprochaient du standard américain sans le copier directement. Alors que l'Eastmancolor était déjà établi et approvisionnait les studios du monde entier, Debrie a tenté de s'implanter avec un matériel techniquement solide et l'avantage de la production française locale.
Les différences pratiques étaient marginales — comme pour tous les films négatifs à trois couches, la sensibilité spectrale du Debriecolor se situait dans les plages attendues, le grain était fin pour l'époque, et la latitude d'exposition similaire. Ceux qui travaillaient à l'époque avec des caméras Debrie (et Debrie était d'ailleurs un fabricant de caméras établi) pouvaient théoriquement utiliser leur propre film. Le point critique cependant : les laboratoires n'étaient pas orientés vers le traitement du Debriecolor. La standardisation du développement de l'Eastmancolor dans les grands laboratoires européens et américains était déjà en place. Tourner un film avec un matériel nécessitant un traitement spécialisé représentait un risque économique — d'autant plus que la fidélité des couleurs et le caractère de décalage des colorants n'étaient pas identiques à ceux de l'Eastmancolor.
Sur le plateau, la différence se faisait surtout sentir dans la planification de l'éclairage. Là où l'Eastmancolor avait ses propriétés spécifiques de température de couleur que les directeurs de la photographie pouvaient calculer, il fallait se fier à l'expérience locale ou à des prises de vues tests pour le Debriecolor. Les corrections en laboratoire suivaient des courbes différentes. Cela a fait du Debriecolor un matériel pour des productions spécialisées — de plus petits studios français, des projets expérimentaux, occasionnellement des coproductions européennes.
Le procédé a disparu silencieusement dans les années 1960. Non pas pour des raisons techniques, mais parce que les monopoles se renforcent eux-mêmes : plus les studios utilisaient l'Eastmancolor, plus les laboratoires s'amélioraient dans son traitement, plus les résultats étaient fiables, et moins il y avait de raisons de choisir autre chose. Aujourd'hui, le Debriecolor est une note de bas de page — intéressant pour les archivistes qui numérisent des films français de cette période, car les ajustements de couleur diffèrent subtilement de ceux du matériel Eastmancolor comparable.