Magnétophone des années 1930 — bande acier au lieu de pellicule, première alternative à la piste optique. Lourd, capricieux, mais jalon technique.
Le Blattnerphone a révolutionné l'enregistrement sonore dans les années 1930 — non pas parce qu'il était élégant, mais parce qu'il fonctionnait là où les pistes optiques atteignaient leurs limites. Au lieu de la modulation de la lumière sur film, on utilisait une bande d'acier qui était exposée magnétiquement. Le principe semble simple, mais sa mise en œuvre ne l'était pas : une bande métallique sans fin passait sur des têtes d'enregistrement qui convertissaient le signal audio en impulsions magnétiques. Cela a rendu possible pour la première fois une véritable alternative à la piste sonore optique — plus flexible, théoriquement réenregistrable, moins sensible aux rayures et à l'usure du support lui-même.
En pratique sur le plateau, le Blattnerphone était cependant une bête. L'appareil pesait une demi-tonne, nécessitait une alimentation électrique séparée et des accessoires encombrants. La vitesse de la bande devait être absolument stable — une fluctuation microscopique et la synchronisation avec la caméra était perdue. Les techniciens qui travaillaient avec décrivent cela comme une lutte contre la mécanique : ajuster, régler, réparer constamment. Lors de prises plus longues, la bande pouvait se déchirer ou s'enrouler — perte totale sans possibilité de rembobinage. Ceux qui travaillaient avec le son optique pouvaient au moins regarder le film et voir immédiatement si quelque chose n'allait pas. Avec le Blattnerphone, on était aveugle jusqu'à l'écoute en salle de montage.
Néanmoins, il est devenu la norme dans les grands studios européens et pour les productions coûteuses, en particulier en Allemagne et au Royaume-Uni. La raison : la qualité. L'enregistrement magnétique offrait une réponse en fréquence et un rapport signal/bruit supérieurs au système optique. La radio et le cinéma ont rapidement reconnu l'avantage — jusqu'à l'arrivée de la bande magnétique après la guerre qui a tout changé. Le Blattnerphone est devenu obsolète, mais son concept — le stockage magnétique de l'audio — a été la base de tout ce qui a suivi : Magnetophon, magnétophones à bobines, puis cassette et numérique.
Aujourd'hui, les Blattnerphones fonctionnels sont des raretés. Ceux qui ont synchronisé de vieilles productions avec cet appareil connaissent encore l'énergie nerveuse qu'un tel montage entraînait. C'était l'instrument de transition entre deux époques de la technique audio — inconfortable, fiable seulement pour les patients, mais absolument nécessaire pour son moment historique.