Procédé stéréoscopique par superposition de canaux couleur (rouge/cyan) créant 3D sans écran spécialisé. Bon marché mais décalage chromatique et profondeur restreinte.
Rouge et cyan superposés sur un écran — telle est l'idée centrale, et elle fonctionne effectivement, bien que la plupart des productions modernes l'aient depuis longtemps dépassée. L'anaglyphie a été pendant des décennies le moyen le moins cher de créer de la 3D stéréoscopique, en particulier au cinéma dans les années 1950, puis à nouveau dans les années 2000, lors de l'engouement pour la 3D. Le spectateur porte des lunettes avec des verres colorés — un rouge, un cyan — et son cerveau sépare les deux plans d'image. Théoriquement élégant. En pratique, un compromis qui n'est aujourd'hui accepté que dans des projets de niche.
La réalité technique : Il faut deux caméras identiques ou une caméra avec un séparateur de faisceau, positionnées à l'écartement des yeux. Chacune capture une perspective. Au montage ou lors de la capture, vous combinez les deux prises de manière à ce que l'une soit placée dans le canal rouge, l'autre dans le canal cyan (bleu + vert). Les zones d'image qui se chevauchent créent alors la perception spatiale — le cerveau traite le contraste des couleurs comme de la profondeur. Cela semble simple, mais c'est sujet aux erreurs : toute imprécision dans l'alignement, toute erreur de mise au point entraîne du ghosting, c'est-à-dire des images fantômes ou des franges colorées autour des objets.
Le véritable prix est cosmétique. L'anaglyphie dénature brutalement les couleurs — les zones rouges apparaissent plus dominantes, les zones teintées de cyan perdent de leur saturation. Un visage couleur chair devient une mascarade rose-verte. C'était acceptable dans les premiers films de drive-in ; aujourd'hui, aucun producteur ne l'accepterait, à moins que le rendu ne soit intentionnel (pastiche rétro, esthétique à petit budget). De plus, l'effet de profondeur est plat — vous n'obtenez pas la subtile fluidité des procédés stéréoscopiques modernes comme le cinéma à polarisation ou les lunettes actives à obturateur.
Où on la rencontre encore : Visualisations scientifiques, vidéos YouTube au format anaglyphe 3D, films expérimentaux artistiques qui jouent délibérément avec l'esthétique rétro. Encore répandue dans l'impression de bandes dessinées 3D. Pour la télévision ou le cinéma, en revanche : obsolète. Même pour les productions à très petit budget, les cinéastes préfèrent recourir à des systèmes à filtre polarisant ou à des compositions côte à côte.
La leçon pour la stéréoscopie moderne : l'anaglyphie montre pourquoi le matériel spécialisé, malgré des coûts supplémentaires, est judicieux. La perte de qualité non compressée est tout simplement trop importante.