Composition filmique avec profondeur stéréoscopique — point de convergence, baseline comme élément formel. Discipline, pas gadget.
La vision stéréoscopique sur grand écran ne fonctionne que si vous placez deux caméras côte à côte avec un écart précis — cet écart s'appelle la base ou séparation des yeux et constitue votre première décision. Elle détermine l'agressivité de l'impression de profondeur. Pour un drame hollywoodien, j'utilise une base de 65 mm ; pour de l'action en plan très rapproché, je réduis à 45 mm, car sinon les yeux du spectateur sont surmenés et cela provoque des maux de tête. Ce n'est pas de la théorie — vous le voyez après la troisième projection sur les visages des spectateurs.
Le point de convergence — l'endroit où les deux vues de caméra se croisent — est votre outil de composition. Si vous le placez sur l'actrice, elle est dans le plan ; si vous le placez derrière elle, la netteté ressort négativement (effet "pop-out") ; si vous le placez plus près de la caméra, la profondeur se construit dans l'image. C'est une mise en scène délibérée avec la géométrie. Sur le plateau, vous calibrez les deux caméras au pixel près — un écart de 2 pixels crée au cinéma un ghosting visible, c'est-à-dire des images fantômes. C'est pourquoi vous avez besoin non seulement d'un DIT, mais aussi d'un superviseur stéréoscopique qui mesure constamment.
La 3D n'est pas un gadget si vous la planifiez dès le scénario. Avatar l'a démontré : Cameron ne pensait pas en deux caméras, mais en couches de profondeur comme moyen narratif. Le paysage de Pandora est décomposé en couches — premier plan, plan intermédiaire, arrière-plan — et raconte ainsi de manière plus spatiale. Si, en revanche, vous convertissez une production 2D en 3D a posteriori, cela semble artificiel, car les décisions de lumière, de mise au point et de compositing n'étaient pas conçues pour la profondeur.
En pratique : pour les scènes plates (dialogues, gros plans), j'utilise un grand écart de convergence — la profondeur est subtile. Les scènes d'action ou les paysages nécessitent une base agressive et des rampes de convergence actives (c'est le mouvement du point de convergence pendant le plan). Les coupes doivent être effectuées avec soin — le saut de convergence entre deux plans ne doit pas dépasser 2 à 3 dioptries, sinon l'œil se fatigue. C'est un travail artisanal aussi rigoureux que le montage classique, mais avec une dimension géométrique supplémentaire. Votre moniteur sur le plateau vous montre les deux images superposées — vous devez apprendre à lire ces informations de superposition comme des lignes d'axe. C'est un nouveau langage pour la caméra, et il exige le respect des yeux de vos spectateurs.