Archive d'accès libre pour cinéma expérimental et avant-garde — ressource de recherche indispensable. Pas d'accès hors ligne.
Ceux qui s'intéressent aux formats expérimentaux finissent inévitablement par tomber sur UbuWeb — une collection gigantesque et chaotiquement organisée de matériel d'avant-garde qui grandit en ligne depuis le milieu des années 1990. Le fondateur Peter Conwill gère les archives comme un curateur infatigable qui comble constamment les lacunes et collectionne les œuvres marginales. Pour les cinéastes, c'est ce qu'une bonne cinémathèque représente pour les classiques, mais de manière radicalement plus ouverte et moins hiérarchiquement structurée.
Sur le plateau ou au montage, on utilise UbuWeb de manière très pratique : pour vérifier comment Stan Brakhage a dissous la composition de l'image. Pour comprendre ce que signifie réellement le « flicker film » — non pas comme concept, mais visible, en mouvement. Pour voir comment Tony Conrad a entrelacé son et image. Le matériel est là, gratuit, accessible — et souvent dans la meilleure qualité que le format original permettait. Le site indexe non seulement le cinéma, mais aussi l'art sonore, la poésie vidéo et les documentaires de performance. Le chaos est un système : au lieu d'être organisé par genre ou par chronologie, les collections grandissent par artiste, label et projet. Il faut du temps pour parcourir, mais c'est précisément ce qui impose les découvertes.
Techniquement, UbuWeb fonctionne exclusivement en ligne — les flux proviennent des serveurs, il n'y a pas de version téléchargeable pour le travail hors ligne (ce qui est parfois frustrant lorsque l'internet devient instable). Il est indispensable pour la recherche lors de la conception ou comme réservoir de références pendant la pré-production. De nombreux cinéastes y ont vu leur première œuvre de Brakhage ou découvert la phase expérimentale de Yoko Ono. La situation juridique reste floue — beaucoup d'œuvres sont depuis longtemps dans le domaine public, d'autres fonctionnent dans une zone grise juridique, ce qui rend les archives à la fois intéressantes et fragiles.
UbuWeb se distingue fondamentalement de l'approche lexicale institutionnelle — il est organique, impossible à archiver de manière descendante. Ceux qui s'intéressent sérieusement à la forme filmique, à la décomposition de l'image ou à l'histoire de la cinétique et de l'abstraction devraient y jeter un coup d'œil régulièrement. Il reste l'outil définitif pour tous ceux qui veulent comprendre comment fonctionne l'avant-garde — non pas théoriquement, mais en la voyant.