Cinéma, vidéo, animation — tout média se déployant dans le temps, non statique. La durée et le rythme sont la matière même.
La durée est votre matériau. C'est ce qui distingue fondamentalement les médias temporels de tout ce qui est statique. Le film, la vidéo, l'animation — ils n'existent que dans le flux. Une photographie, vous pouvez la regarder aussi longtemps que vous le souhaitez. Un film vous impose son rythme. Vous êtes assis au cinéma, et les images bougent à 24 images par seconde. Vous ne pouvez pas regarder plus lentement. C'est la condition du médium.
Sur le plateau ou au montage, vous ne travaillez donc pas seulement avec la composition et la couleur — vous jonglez avec le temps. Une coupe dure trois secondes, une autre vingt images. La musique commence ici et se termine là. Le spectateur ne perçoit pas une information unique, mais un flux d'informations qui façonne sa compréhension et ses émotions à une vitesse donnée. Si vous raccourcissez une coupe de deux images, la tension change. Si vous maintenez un plan plus longtemps, il devient significatif — ou ennuyeux. C'est le matériau que vous façonnez.
Les médias temporels imposent une décision sur le rythme. Un zoom lent sur trois secondes a un effet différent du même zoom en une seconde — pas quantitativement plus lent, mais qualitativement différent. Le spectateur devient témoin d'un processus plutôt que d'un moment. C'est pourquoi les directeurs de la photographie et les monteurs travaillent constamment avec le temps : combien de temps maintenez-vous un gros plan ? Quand coupez-vous ? Quand laissez-vous respirer ? Ces décisions ne sont pas esthétiques — elles sont structurelles. Elles déterminent le fonctionnement du film.
C'est aussi ce qui distingue les médias temporels des médias interactifs — là, l'utilisateur détermine la durée, pas le spectateur. Le film et la vidéo vous font abandonner complètement le contrôle du temps. C'est le pouvoir du médium et en même temps sa cruauté. Vous ne pouvez pas voir une scène plus vite ou plus lentement que le réalisateur ne l'a voulu. Le rythme n'est pas négociable — il est le message.