Mouvement artistique exploitant l'inconscient et logique onirique — images suivent logique interne, non réalité. Lynch, Buñuel, Jodorowsky.
Au cinéma, le surréalisme ne fonctionne pas comme un jeu théorique. Vous en avez besoin lorsque vous voulez raconter par associations plutôt que par causalité — lorsqu'une scène mène à la suivante parce qu'elles correspondent émotionnellement ou visuellement, et non parce que l'histoire l'exige logiquement. C'est le côté pratique : vous imaginez comment le subconscient monterait un film. Pas chronologiquement. Pas motivé par l'intrigue. Motivé par des images intérieures, par ce qui fermente sous la surface rationnelle.
Sur le plateau, vous le remarquez dans le blocking et la composition de l'image. Un film surréaliste accepte les contradictions — une personne peut être à la fois jeune et vieille (par montage ou effets visuels), un espace peut changer de géométrie sans explication. Vous filmez des transitions qui doivent irriter. Pas au sens de l'horreur, mais dans le sens où le spectateur doit éteindre son cerveau rationnel et passer en mode rêve. Lynch le fait avec la lumière et le son — un bourdonnement en arrière-plan qui ne mène nulle part, mais qui dénature tout. Buñuel utilisait des accessoires bizarres et des coupes immotivées pour saboter les conventions.
Concrètement, cela signifie que vous avez besoin de courage pour l'ellipse. Vous omettez des scènes qui seraient logiquement nécessaires. Vous montez à l'encontre du réflexe de montage que tout monteur vous a inculqué — non pas à cause de l'histoire, mais parce que l'image l'exige. L'éclairage peut être immotivé. Un personnage se retrouve soudain dans le noir, alors que logiquement la fenêtre devrait être éclairée. Jodorowsky a associé le surréalisme à la symbolique spirituelle — chaque image est à la fois énigmatique personnellement et universellement.
L'erreur la plus fréquente : la confusion avec l'ambiguïté ou le chaos. Le cinéma surréaliste n'est pas ambigu — il est cristallin dans sa logique interne, mais pas dans sa logique externe. Chaque image est juste. Mais elle s'inscrit dans une grammaire différente de celle du film réaliste. Vous avez besoin de discipline pour cela, pas moins que pour la narration classique — seulement vos règles proviennent de la logique du rêve, pas du scénario.