Mouvement cinématographique allemand occidental dès le début des années 1970, réalisé par des femmes (Sanders-Brahms, von Trotta, Mikesch) — subjectivité féminine, trauma familial et conscience politique.
Le paysage cinématographique de l'Allemagne de l'Ouest au début des années 1970 a connu une rupture — soudain, des femmes se sont retrouvées derrière la caméra, racontant des histoires qui n'étaient pas celles qu'on leur avait imposées. Ce mouvement est né d'une constellation historique spécifique : le mouvement étudiant, la deuxième vague du féminisme et une profonde insécurité quant à l'identité nationale après le traumatisme de la guerre. Ce qui distinguait ces cinéastes, ce n'était pas seulement la focalisation thématique sur l'expérience féminine, mais un langage formel radicalement différent. Elles refusaient la narration classique, la fluidité du cinéma de divertissement. Le corps devenait une surface textuelle, le salon familial une arène politique.
Sur le plateau ou au montage, on perçoit immédiatement la différence : Helke Sander ou Margarethe von Trotta travaillent avec de longs plans, des coupes abruptes, des voix off qui interrogent plutôt qu'elles n'expliquent. L'approche essayistique — montage d'images, de pistes sonores, de matériaux d'archives — permet d'être à la fois personnel et politique, sans tomber dans la sentimentalité. La caméra n'est pas à l'extérieur, à observer ; elle est impliquée. Les actrices regardent dans la caméra, brisant l'illusion. Ce n'est pas un éloignement pour lui-même — c'est une méthode pour arracher le spectateur à la consommation passive.
Thématiquement, ces films se situent dans un triangle : biographies personnelles (souvent les leurs), histoire familiale (en particulier la constellation mère-fille) et passé allemand collectif. Ulrike Ottinger, par exemple, combine recherche documentaire et réflexion subjective ; Claudia von Alemann utilise l'interview comme dispositif filmique. Cela peut sembler théorique, mais c'était une nécessité — comment parler autrement du traumatisme, de la culpabilité refoulée, de la possibilité d'une action féminine dans une société patriarcale ?
L'impact de ce cinéma a été de fixer de nouvelles normes : pas pour le grand public (qui est resté impassible), mais pour la culture cinématographique indépendante, les festivals, les cinémathèques. Il a montré que la radicalité formelle et l'engagement politique ne sont pas opposés. Ceux qui aujourd'hui font des narrations non linéaires ou des documentaires réflexifs évoluent dans un espace que ces cinéastes ont creusé — consciemment ou non.