Cinéma d'avant-garde japonais des années 60—destruction formelle radicale, anti-narratif, provocation physique. Terayama et Yoshida Yoshishige pionniers.
L'avant-garde japonaise des années 1960 n'a pas brisé l'écran — elle l'a piétiné. Ce qu'ils ont appelé le Kakushin Eiga (littéralement : cinéma de révolution) était moins une école de cinéma qu'une attaque contre le médium lui-même. Pendant que Hollywood et la Nouvelle Vague européenne établie polissaient encore le montage et la composition d'image, Terayama et Yoshida ont déchiré la grammaire du film et l'ont laissée délibérément incomplète. Le public n'était pas assis devant une œuvre — il était assis dans une salle de choc.
La stratégie radicale était méthodique : refus du temps linéaire, corporéité plutôt que psychologie, anarchie plutôt que intrigue. Terayama, par exemple, utilisait ses films comme des armes — Throw Away Your Books, Rally in the Streets mélangeait des documentaires avec des performances rituelles, déchirant la frontière entre fiction et action politique. La caméra n'était pas une narratrice, mais une observatrice dans le chaos. Yoshida, quant à lui, travaillait de manière plus subtile, mais tout aussi radicale : ses longues séquences statiques et la rupture de la diégèse par des intertitres qui exposent le film comme une construction étaient un rejet de la manipulation émotionnelle. On pourrait dire : pendant que d'autres cinéastes essayaient d'être invisibles, ces réalisateurs faisaient de leurs artifices un scandale.
Pour la pratique sur le plateau, cela signifiait concrètement : le jeu d'acteur professionnel était indésirable — de vrais corps, de vraies confrontations, la vraie innocence des interprètes. Le montage ne suivait aucune logique dramaturgique, mais une logique associative-contrastive. Le son et l'image s'affrontaient. Ce qui est vendu aujourd'hui comme un montage « immersif » était déjà brutalement présent ici. Le Kakushin Eiga n'était pas un film pour la brillance formelle — ce n'était pas un film pour le confort.
L'impact ne s'est pas limité au Japon. Ces œuvres circulaient à travers les festivals de cinéma comme des explosifs culturels et ont ensuite influencé le cinéma expérimental dans toute l'Europe — non pas par imitation, mais par libération : elles ont montré que le narratif n'était pas le cinéma. Le cinéma était espace, corps, temps et la volonté de négation. Ceux qui travaillent aujourd'hui avec la non-narration, avec une instabilité diégétique maximale ou avec une agressivité esthétique, évoluent toujours dans le rayon défini par cette génération.