Concept de McLuhan sur la culture médiatique imprimée — perception linéaire et séquentielle. Fondamental pour comprendre comment le cinéma change la consommation.
Le concept de la galaxie Gutenberg de McLuhan décrit une culture médiatique marquée par l'imprimerie — linéaire, séquentielle, dépendante du traitement visuel de caractères individuels les uns après les autres. Ceux qui grandissent dans ce monde perçoivent l'information comme une succession : d'abord la lettre A, puis B, puis C. Le cerveau s'entraîne à la causalité, à la logique, à la hiérarchie. Le cinéma est entré dans ce monde comme un corps étranger.
Pour nous, cinéastes, c'est crucial : le spectateur qui a grandi avec Gutenberg s'attend à une structure narrative, à des coupes claires, à des transitions compréhensibles. Il veut pouvoir comprendre ce qui se passe à l'écran — pas être submergé instantanément par tous les sens simultanément. Le montage fonctionne si bien parce qu'il offre une succession ordonnée d'images, même si elle est rapide. Eisenstein le savait : le montage est logique. Nous ne montons pas de manière chaotique ; nous suivons une séquence interne que le cerveau conscient des lettres comprend.
Le principe opposé — la simultanéité électromécanique — apparaît avec la radio, le cinéma, puis la télévision. McLuhan n'y voyait pas nécessairement une rupture, mais un retour à l'expérience sensorielle pré-alphabétique : tout en même temps, tous les sens sollicités, pas de hiérarchie. Un spectateur moderne y est immergé — nous sommes tous des percepteurs hybrides. C'est pourquoi les formats fragmentés et non linéaires fonctionnent aujourd'hui : nous sommes habitués à la polysémie audiovisuelle.
Sur le plateau, cela change le travail pratique : sachant que les spectateurs sont encore marqués par la pensée Gutenberg, nous planifions consciemment les coupes et le rythme. Un long plan, un écran noir, un silence — cela ne perturbe pas, car nous le contextualisons narrativement. Mais un bombardement sensoriel pur sans contexte peut aussi faire perdre le spectateur. L'équilibre entre linéarité et apport simultané est le métier. Chaque coupe, chaque fondue, chaque coupe sonore est une décision entre la logique Gutenberg et le bruit audiovisuel.