L'acteur regarde, puis après une pause regarde à nouveau — reconnaissance retardée. Procédé comique ou troublant.
Le double regard fonctionne grâce à un simple mais très efficace décalage de la réaction. L'acteur enregistre quelque chose du premier regard — consciemment ou inconsciemment — puis détourne les yeux. Une seconde plus tard, parfois seulement une demi-seconde, les yeux reviennent en arrière. Ce n'est qu'à ce moment-là que le cerveau traite ce qui vient de se passer. Ce petit laps de temps entre voir et comprendre crée de la comédie ou du trouble, selon la manière dont on l'utilise.
Sur le plateau, cela ne fonctionne que si vous en parlez au préalable avec votre acteur — cela demande du timing, pas de la spontanéité. Le premier mouvement du regard doit paraître complet, comme s'il avait vraiment manqué la chose. La caméra doit être assez proche pour que le mouvement des yeux soit clairement visible — sur un plan large, cet effet se perd. Le double regard est particulièrement efficace lorsque la personne est absorbée par ses pensées ou distraite : elle regarde son smartphone, puis par la fenêtre — et soudain, elle réalise qui vient de passer. Le timing entre les deux regards décide du succès ou de l'échec.
Au montage, vous pouvez renforcer l'effet en insérant une coupe minuscule juste avant le second regard ou en coupant la musique pendant un huitième de seconde. Cela aiguise la perception du spectateur — il remarque inconsciemment que quelque chose s'est passé avant que la prise de conscience de l'acteur ne devienne visible. Les comédies en vivent : une personne est assise à table, boit du café, puis elle regarde vraiment pour la première fois que la vaisselle est posée sur la tête de sa collègue. Le double regard est ici le moteur du rire.
Attention : si vous attendez trop longtemps, cela paraît forcé. Trop court, et le spectateur manque le second mouvement. Essayez lors de la discussion préparatoire — trois ou quatre prises avec un timing légèrement différent. Au montage, vous choisirez ensuite la meilleure version. Le double regard fonctionne aussi dans des scènes dramatiques pour créer un malaise, mais là, la frontière avec l'incrédulité est mince.