Rétrécissement du marché cinéma par le streaming et évolution des habitudes — baisse continue des salles et fréquentation depuis 2010.
Depuis le milieu des années 2010, nous observons dans la plupart des marchés occidentaux un déclin continu de la fréquentation des cinémas et du nombre de salles — un phénomène qui va au-delà des simples fluctuations conjoncturelles. Alors que les multiplexes des années 1990 et 2000 étaient encore considérés comme la norme d'excellence, l'écosystème cinématographique classique se contracte désormais structurellement. Les plateformes de streaming ont non seulement éloigné les spectateurs du fauteuil rouge, mais ont également mis sous pression la rentabilité de salles d'art et d'essai entières. Les salles moyennes et petites disparaissent les premières — les grandes chaînes de multiplexes tiennent bon, mais avec des taux d'occupation en baisse et des pauses plus longues entre les blockbusters.
Pour nous, en tant que professionnels du cinéma, cela a des conséquences directes : les distributeurs hésitent avec les budgets moyens, les films d'art et d'essai atterrissent plus rapidement dans le catalogue de streaming qu'au cinéma, et la première sur grand écran perd de son prestige. Le cinéma comme lieu culturel de l'expérience collective — avec son obscurité, son volume sonore et son absence de distractions — est désormais en concurrence avec le canapé, avec la visualisation sur mobile, avec les attentes de latence zéro. La formation cinématographique souffre également : des générations de critiques et d'artistes ont grandi avec le cinéma comme médium de référence ; cela est en train de changer.
La pandémie de 2020-2021 a accéléré cette tendance au lieu de l'interrompre. Certaines salles n'ont pas rouvert. Parallèlement, de nouvelles niches émergent — les formats premium comme l'IMAX ou les projections DCI pour les films événementiels se maintiennent, et dans certaines métropoles, nous assistons à une renaissance de plus petites salles d'art et d'essai. Mais cela ne compense pas le nombre total. En pratique, pour le directeur de la photographie, cela signifie : on tourne encore pour le cinéma — parfois — mais beaucoup plus souvent pour le petit écran. Cela modifie le choix des motifs, la profondeur de champ, même l'étalonnage (car les codecs de streaming saturent différemment du DCP). Le déclin du cinéma n'est donc pas seulement pertinent sur le plan économique et sociologique — il façonne aussi notre manière de travailler.