Code dramaturgique classique français — interdit la violence explicite, la sexualité et la transgression; impose la suggestion. Façonne encore l'approche des scènes.
La classique française du XVIIe siècle a établi un ensemble de règles qui imprègnent non seulement la dramaturgie, mais aussi le langage cinématographique jusqu'à aujourd'hui : la bienséance — le commandement du convenable, de l'adéquation. Ce qui ne pouvait pas être montré sur scène — la violence, les actes sexuels, la mort elle-même — devait être suggéré, déplacé, repoussé derrière les coulisses. Le spectateur complétait l'invisible dans son esprit. Cela ressemble à de la vieille théorie théâtrale, mais reste pertinent lors du tournage : la bienséance impose une économie de la représentation.
Sur le plateau, cela signifie concrètement : une gifle ne se produit pas à l'image — le coup tombe hors champ, nous voyons la réaction, entendons le bruit. Un viol n'est pas mis en scène, mais suggéré par le montage, le détournement de la caméra et le son. Le montage devient un outil de suggestion. Ce n'est pas une économie par pudibonderie, mais un savoir-faire : le spectateur participe activement, devient complice de l'imagination. Cela crée souvent plus d'intensité qu'une représentation explicite — un mécanisme que les réalisateurs utilisent, du thriller psychologique à la grammaire du film d'horreur.
Concrètement, la bienséance se manifeste dans le choix du cadrage : la caméra se fixe sur le visage, coupe le corps. L'espace hors champ devient espace filmique. Le sound design porte alors la charge — cris, respirations, bruits humides. Au montage, on travaille avec l'ellipse, le fondu, le cut rapide : non pas par censure, mais par intelligence narrative. Godard, Haneke, même les blockbusters Marvel opèrent avec cette grammaire — pas toujours consciemment, mais structurellement ancrée.
Aujourd'hui, la bienséance est souvent mal comprise comme un artifice : comme si l'omission était plus faible que la démonstration. C'est le contraire. Un cut loin d'un coup de pied au visage, immédiatement suivi de sang sur un mur — cela marque plus profondément que n'importe quel gros plan FX. La bienséance n'est donc pas de l'autocensure, mais une contrainte formelle qui mène à une meilleure mise en forme. Celui qui brise consciemment cette règle — par exemple par une représentation directe — doit savoir pourquoi : pour choquer ? Pour marquer un style ? C'est alors une décision éclairée, pas une absence de règles.