Film d'opéra bon marché sans langage cinématographique — théâtral, outré, amateuriste. Terme péjoratif pour des productions ignorer la grammaire du film.
Si dans les années 1950 et 1960, vous aviez un budget suffisant pour un décor de studio, mais pas pour de vrais lieux ou des décors — alors vous étiez dans le terrain de la « Bieroper ». Ce terme décrit une certaine catégorie d'adaptations d'opéras qui simulent des enregistrements théâtraux sans jamais comprendre que le cinéma parle un langage différent de celui de la scène. Aucun mouvement de caméra, aucun rythme de montage qui corresponde à la musique — juste : le chanteur est là, il chante, coupe.
Qu'est-ce qui caractérise une « Bieroper » ? Premièrement, la sur-interprétation théâtrale sans modulation cinématographique. Les acteurs-chanteurs jouent avec des gestes amples, comme s'ils s'adressaient encore à la vingtième rangée. Les émotions sont brusques, les expressions faciales exagérées de manière brutale. Mais là où un véritable film d'opéra — disons, une production de Visconti — utilise la caméra pour montrer l'intérieur du visage, les réalisateurs de « Bieroper » ne s'approchent tout simplement pas. Ils placent les gens comme sur une scène, et filment. Deuxièmement : manque d'indépendance cinématographique. La réalisation renonce à interrompre ou à contrecarrer la partition par des rythmes visuels. La musique et l'image se déroulent en parallèle, sans dialogue. Aucun montage qui dissout la forme musicale. Aucune coupe qui travaille dramaturgiquement.
Concrètement, cela se passe souvent ainsi : on loue un studio, on construit un décor bon marché (château en carton, forêt en toile), on y place les chanteurs, on enregistre un enregistrement d'opéra ou une version orchestrale existante — et on filme cela comme un documentaire d'une visite au théâtre. L'esthétique est celle du dilettantisme, pas d'un choix stylistique délibéré. Cela distingue la « Bieroper » de l'artifice intentionnel ou du cinéma minimaliste.
Le ton péjoratif est profond : « Bieroper » signifie un manque de sensibilité cinématographique envers la musique, un manque de confiance dans le montage, un manque d'ambition d'utiliser le médium. Un film d'opéra peut tout à fait être petit et économe — mais si le réalisateur sait comment la musique fonctionne dans l'espace, comment le montage crée du tempo, comment la caméra saisit la vie intérieure d'un chanteur, alors c'est de l'artisanat, pas de la « Bieroper ». La « Bieroper » est l'adaptation qui ne comprend pas l'opéra et qui ne comprend pas non plus le cinéma.