Spectateur naviguant activement entre plusieurs fils narratifs parallèles — propre au storytelling transmédia. Consommation active, non passive.
Ceux qui travaillent aujourd'hui avec des structures narratives non linéaires le remarquent rapidement : le spectateur classique n'existe plus. Le viewser — hybride de viewer et d'user — navigue lui-même à travers l'histoire. Il ne fait pas que mettre en pause, il saute. Il passe d'un fil d'intrigue parallèle à l'autre, d'un média à l'autre, d'une perspective à l'autre — et s'attend à ce que le récit le supporte.
Sur le plateau ou au montage, cela signifie concrètement : vous ne planifiez pas pour une seule ligne de réception, mais pour un réseau de chemins possibles. Un viewser pourrait commencer par l'histoire d'amour, puis passer à la chronologie du braquage, puis suivre un easter egg qui mène à une scène cachée. Votre tâche en tant que chef opérateur ou monteur est de maintenir chaque chemin visuellement cohérent — même température de couleur, même imagerie, mêmes rythmes de montage — bien qu'ils puissent être consommés dans n'importe quel ordre.
Cela modifie fondamentalement l'architecture de l'information de votre film. Pour les films classiques, vous demandez : « Dans quel ordre le spectateur apprend-il quoi ? » Pour le contenu destiné aux viewers, vous demandez : « Quelle histoire fonctionne si les scènes 3, 7, 1, 12 arrivent dans cet ordre — et aussi dans celui-ci : 7, 3, 12, 1 ? » Cela nécessite une exposition redondante, des ancrages visuels qui clarifient immédiatement la position et le contexte.
Exemple pratique tiré de mon travail : sur un projet transmédia avec une narration ramifiée, nous avons tourné chaque branche avec sa propre palette de couleurs — pas de manière ostentatoire, mais subtile. La branche thriller : couleurs plus froides, contrastes plus durs. La branche romance : plus chaud, plus diffus. Ainsi, le viewser s'oriente visuellement lui-même, sans que nous ayons besoin de transitions. Il sait immédiatement dans quel univers narratif il se trouve, même s'il saute sauvagement.
Le viewser n'est pas un récepteur passif — il est un curateur co-auteur de son expérience de réception. Cela signifie : votre dramaturgie doit être suffisamment robuste pour le chaos, mais suffisamment focalisée pour ne pas se désagréger. C'est une exigence artisanale complètement différente du cinéma traditionnel.