Comédie bon marché des années 60 exploitant la nudité — slapstick, pas du porno, en salles d'art et essai. Précurseur de la libération sexuelle à l'écran.
Le soi-disant Nudie Cutie est apparu à la fin des années 1950, mais a surtout prospéré au début des années 1960 – une forme hybride typiquement américaine qui sapait la bienséance du système des studios sans pour autant tomber dans le cinéma d'art et d'essai. On prenait la comédie slapstick, on y ajoutait des scènes de nudité placées stratégiquement et on vendait le tout à des cinémas indépendants et des salles d'art et d'essai où la censure avait moins de mordant. Le calcul était simple : le sexe déguisé en comédie est plus acceptable socialement que le sexe comme désir – une astuce que Hollywood avait longtemps ignorée.
L'esthétique de ces films était délibérément à petit budget. Caméra à l'épaule, lumière naturelle, jeu d'acteurs amateurs – non pas pour des raisons artistiques, mais financières. Des réalisateurs comme Russ Meyer comprenaient cependant instinctivement que cette rudesse, ce manque de finition, développait un attrait. La nudité semblait moins mise en scène, moins artistiquement travaillée que plutôt fortuite, presque documentaire. Cela distinguait fondamentalement ces productions des films softcore ultérieurs qui utilisaient des filtres de diffusion et des objectifs flous. Ici, on voyait de la peau sous la lumière artificielle d'un studio de télévision – peu glamour, immédiat, d'une honnêteté dérangeante.
Pour l'histoire du cinéma, ce mélange de genres marque un tournant : il prouvait que le public américain – du moins dans l'environnement urbain et intellectuel – était prêt à accepter la nudité non seulement dans les films d'art et d'essai européens (Godard, Truffaut). Les Nudie Cuties ont servi de catalyseur à une normalisation de la sexualité dans le grand public, des années avant la véritable révolution sexuelle et le système de classification MPAA (1968). Ils n'étaient ni des films d'art ni de la pornographie – mais quelque chose de culturellement bien plus dangereux : une comédie qui offrait au public ce qu'il voulait voir, sans prétention morale.
Caméra, la plupart de ces films restaient techniquement en retrait. 16 mm, puis des agrandissements en 35 mm avec une granulation visible. La lumière était souvent dure, les montages peu élégants. Mais c'est précisément ce qui leur conférait une sorte d'authenticité documentaire – une impression de vérité incontrôlée plutôt que de fantasme mis en scène. De ce fait, ils ne semblaient pas « sexy » des décennies plus tard, mais historiques, voire ethnographiques. C'est là leur force paradoxale jusqu'à aujourd'hui.