Écart entre ce qui est dit et ce qui est signifié — ou entre attente et réalité visuelle. Ne fonctionne que si le public voit la contradiction.
L'ironie vit de la rupture entre la surface et la vérité — et cette rupture doit être visible, sinon elle ne fonctionne pas. Au cinéma, cela fonctionne différemment qu'au théâtre ou dans le roman : ici, la caméra décide si le public perçoit le truc. On peut faire jouer un dialogue de manière totalement sérieuse, mais si la composition de l'image ou la musique dit autre chose, le fossé se creuse. C'est un travail d'artisanat précis.
La variante classique : un personnage dit quelque chose qui, en apparence, sonne positif ou naïf, tandis que le contexte visuel (expression faciale, montage, environnement) montre la vérité opposée. Pensez à un agent qui explique à une victime à quel point on va l'aider — alors que le piège se referme déjà en arrière-plan. Le public voit les deux niveaux simultanément et comprend l'ironie par cette contradiction. Sans cette complémentarité visuelle, cela reste un simple mensonge ou un mauvais jeu d'acteur.
Cela devient dangereux si l'ironie est trop subtile : le public la perd, et la scène devient involontairement comique ou déroutante. Ou alors, on en fait trop — et cela devient caricatural. Le directeur de la photographie et le monteur doivent soutenir la mise en scène, pas la saper. Le contraste dans la lumière, le timing du montage, le design sonore — tout doit fonctionner ensemble. Un réalisateur qui aime l'ironie (Coen Brothers, Paul Thomas Anderson) sait que la caméra s'attarde un moment de plus, que le montage arrive une image plus tard, que la musique contredit l'image.
Il faut aussi distinguer l'ironie dramatique (le public en sait plus que le personnage) et l'ironie situationnelle (la réalité va à l'encontre de ce qui est attendu). Au cinéma, l'ironie dramatique fonctionne souvent mieux, car nous voyons des images qui mentent au personnage — et nous voyons la vérité. L'ironie situationnelle nécessite un travail de montage et de mise en scène plus poussé pour rester compréhensible. Attention : ne confondez pas ironie et sarcasme. Le sarcasme est l'attitude, l'ironie est la structure de la contradiction. Dans l'image, vous avez besoin de cette structure, sinon ce n'est que de la provocation.