Production bon marché au contenu sensationnaliste, sexuel ou scandaleux — nommée d'après l'un des premiers films d'exploitation du cinéma muet. Précurseur du B-movie.
Les premières productions d'exploitation du cinéma muet reposaient sur une formule éprouvée : affiches scandaleuses, budgets minimaux, provocation maximale. Le terme film porno — connu dans le monde anglophone sous le nom de Goat Gland Film — décrit précisément ce type : des films bon marché et sensationnalistes qui exploitaient des controverses sexuelles, médicales ou morales pour attirer le public dans les salles. Le nom provient d'une production tristement célèbre qui tournait autour d'escroqueries médicales douteuses — un exemple typique du type de présentation et de contenu qui définissait ce segment.
Sur le plateau et dans la distribution, ces films fonctionnaient selon une logique d'opportunisme : on reprenait des gros titres de journaux à scandales, on tournait en deux ou trois semaines, on imprimait des affiches tapageuses et on passait au scandale suivant. La qualité de production était secondaire — un mauvais éclairage, une caméra tremblante, un montage dilettante ne dérangeaient pas si l'histoire suscitait suffisamment d'attention. Les acteurs venaient du music-hall ou de films précédents ratés ; les vrais professionnels ne voulaient pas être associés à ce matériel. Les réalisateurs, en revanche, apprenaient ici à travailler avec rien — une école de pragmatisme d'improvisation qui se retrouvera plus tard chez les vétérans du cinéma de série B.
Le montage était direct et manipulatoire : cartons de titres avec des sous-titres tapageurs, gros plans dramatiques d'acteurs dans des situations suggérées, techniques de montage qui devaient suggérer ce qui n'était jamais montré. Les commissions de censure combattaient violemment ces films, ce qui leur procurait en retour une publicité gratuite. Les cinémas des quartiers ouvriers et des zones rurales les diffusaient — là où l'indignation morale et la curiosité allaient de pair.
Le film porno fut le précurseur direct du cinéma de série B et du cinéma d'exploitation des années 1960. Alors que les films de série B bénéficiaient de ressources et s'établissaient comme une fabrique de genres, les films pornos conservaient leur nature chaotique et opportuniste. Ils montrent que l'histoire du cinéma n'est pas toujours écrite par les grands studios — parfois, ce sont les combattants de la rue qui l'écrivent eux-mêmes, image par image, scandale par scandale.