Sous-genre italien de thriller-horror à éléments criminels — couleurs saturées, musique exacerbée, structure énigmatique. Bava et Argento ont créé le standard.
Ceux qui réalisaient un thriller italien dans les années 1960 et 1970 travaillaient avec un langage visuel très particulier — le Giallo. Le mot vient de la couverture jaune des romans policiers italiens, mais au cinéma, il est devenu quelque chose d'autonome : un hybride de thriller psychologique, d'horreur et de mystère policier, qui se distingue nettement de ses homologues américains ou britanniques par sa radicalité formelle.
La clé réside dans la sur-stylisation. Le Giallo ne vit pas de l'exploration psychologique en profondeur — il vit de la surface, de la couleur, de la musique, du rythme. Mario Bava l'a solidement établi visuellement : couleurs saturées, contrastes marqués, lumière souvent artificielle qui ressemble anatomiquement à une installation. La violence n'est pas mise en scène de manière documentaire, mais comme un événement chorégraphié — de longues séquences sans coupe, où la caméra observe l'horreur de manière statique ou avec des mouvements réguliers, tandis que la musique (pensez à Morricone, pensez à Goblin) pousse le tout à l'hystérie. Ce n'est pas un meurtre naturaliste ; c'est la violence comme objet d'art.
Les films de Dario Argento ont ensuite apporté la structure narrative : le meurtre énigmatique au centre, souvent raconté du point de vue d'un détective amateur. Le spectateur et le protagoniste sont dans le même aveuglement, le montage devient un outil de tromperie. Cela distingue fondamentalement le Giallo du whodunit classique — il ne s'agit pas de déduction intellectuelle, mais de subversion sensorielle et d'énigme visuelle.
Concrètement, cela signifie sur le plateau : l'éclairage n'est pas du réalisme, mais de la dramaturgie. Les températures de couleur qui semblaient artificielles dans les films naturalistes sont ici la norme. Le sound design n'est pas subtil — il n'y a pas de moments de silence, tout est imprégné de musique ou de bruits artificiels. Les coupes sont effectuées sur le rythme de la musique, pas de l'action. Et la violence est chorégraphiée comme une danse — pas de jump cuts rapides, mais de longs plans voyeuristes.
Le Giallo n'a jamais été grand public — c'était de l'horreur d'art pour les amoureux de l'Italie et les passionnés du genre. Mais l'impitoyabilité formelle qu'Argento et Bava y ont développée a fondamentalement marqué l'horreur européenne d'art et d'essai. Et ceux qui aujourd'hui racontent avec la couleur et la musique plutôt qu'avec le réalisme psychologique travaillent dans cette tradition — qu'ils en soient conscients ou non.