Mouvement des années 1950–60 — esthétique documentaire, sujets quotidiens, classe ouvrière au centre. Cinéma brut, sans artifice.
Le paysage cinématographique britannique des années 1950 était saturé de drames historiques et de cinéma de prestige établi. Puis sont arrivés des réalisateurs comme Karel Reisz, Tony Richardson et Lindsay Anderson, qui ont tourné différemment — ils ont emmené leur caméra dans les usines, les pubs d'ouvriers et les HLM du Nord, là où personne n'avait jamais filmé auparavant. Ce n'était pas du documentaire au sens classique, mais une fiction narrative avec une texture documentaire. L'éclairage : plat, naturel, souvent la lumière du jour par les fenêtres. Les lieux : non décorés, mais réellement habités. Les acteurs : souvent issus de la relève théâtrale, pas des stars établies — car il s'agissait du geste de l'ordinaire, pas du charisme.
Look Back in Anger (1959), Room at the Top (1959), Saturday Night and Sunday Morning (1960) — ces films racontaient de jeunes hommes en colère contre leurs conditions de vie, qui voulaient du sexe, qui voulaient boire, sans être moralisés. C'était radical. La caméra les suivait dans des appartements étroits, des tramways aux teintes grises, la même façade de béton cent fois. Sur le plateau, on travaillait au minimum. Un réflecteur, peut-être une lampe de lecture. Le plus venait de la lumière disponible. Le montage était précis, mais pas virtuose — des coupes qui respectaient le rythme de la vie réelle, sans l'accélérer.
Ce qui distinguait le Réalisme Britannique sur le plan pratique et technique : c'était une rupture avec l'esthétique de studio, mais pas avec la narration. Il ne s'agissait pas de forme expérimentale, mais de l'authenticité du milieu comme matériau dramatique. Le contenu social était la forme. Si l'on travaille aujourd'hui avec cette grammaire — des lieux plutôt que des plateaux, des acteurs plutôt que des stars, de la rapidité plutôt que du clinquant — on réalise que le Réalisme Britannique n'est jamais sorti de mode. Il a seulement été reconnu comme tel plus tard. Le mouvement Free Cinema avait fourni le noyau documentaire ; le Réalisme Britannique en était la conquête narrative de l'industrie du long métrage.