Étirement horizontal des points lumineux en ellipses par éléments de lentilles cylindriques dans les optiques anamorphiques. La compression 2x produit la distorsion maximale à grande ouverture.
Détails techniques
Les objectifs anamorphiques compriment l'image horizontalement à l'aide de lentilles cylindriques avec des facteurs de 1,25x (Ultra Panavision), 1,33x (Technovision) ou 2x (Panavision, Hawk). Cette optique asymétrique crée des formes de bokeh caractéristiquement déformées : alors que les objectifs sphériques produisent des points lumineux circulaires, les anamorphiques 2x génèrent des ellipses horizontalement étirées. L'effet est le plus prononcé à pleine ouverture (T2.8-T1.4), et à diaphragme fermé (à partir de T5.6), les formes se rapprochent à nouveau de cercles. Les fabricants modernes comme Panavision, ARRI Master Anamorphic ou Atlas Orion proposent différents caractéristiques de bokeh grâce à des revêtements de lentilles spéciaux et des conceptions optiques.
Histoire et développement
Les premiers systèmes anamorphiques ont été développés par Henri Chrétien en 1926 pour les périscopes militaires. En 1952, 20th Century Fox a licencié la technologie pour CinemaScope, le bokeh caractéristique étant initialement considéré comme un effet secondaire indésirable. Ce n'est que dans les années 1970 que des directeurs de la photographie comme Gordon Willis ("The Godfather") ou Vilmos Zsigmond ("Close Encounters") ont reconnu le potentiel esthétique des cercles lumineux ovales. Panavision a perfectionné la technologie anamorphique à partir de 1954 et a établi le système 2x comme norme. Les systèmes numériques modernes comme l'Alexa LF d'ARRI (2018) ou le Monstro VV de RED (2017) ont optimisé la géométrie du capteur spécifiquement pour les formats anamorphiques.
Utilisation pratique au cinéma
Blade Runner (1982, Jordan Cronenweth) a utilisé le bokeh anamorphique pour renforcer l'esthétique urbaine au néon, tandis que Her (2013, Hoyte van Hoytema) a utilisé les points lumineux ovales pour l'intimité émotionnelle. Lors des prises de vue nocturnes, l'effet renforce spectaculairement l'éclairage des rues et les publicités au néon. Flux de travail standard : prise de vue avec des anamorphiques 2x sur des capteurs 4:3, dé-squeeze en post-production vers 2,39:1. Les productions modernes utilisent souvent des approches hybrides avec des objectifs sphériques et une simulation anamorphique ultérieure. L'effet fonctionne de manière optimale dans les situations de contre-jour et avec des sources lumineuses pratiques (Practical Lights).
Comparaison et alternatives
Les objectifs sphériques produisent des formes de bokeh circulaires sans étirement horizontal. Les effets anamorphiques générés numériquement (plugins comme FXHome ou Red Giant) simulent des bokehs ovales, mais n'atteignent pas la complexité optique des véritables lentilles cylindriques. Les anamorphiques vintage (Kowa, Isco, Sankor) produisent des formes de bokeh plus irrégulières et "organiques" que les conceptions modernes. Les systèmes 1,33x offrent des effets plus subtils qu'une compression agressive de 2x et conviennent aux productions Netflix (livraison 1,78:1). Les cinéastes choisissent entre la perfection technique (ARRI Master Anamorphic) et une "imperfection" pleine de caractère (Cooke Anamorphic/i) en fonction de la langue visuelle souhaitée.