Genre où l'alcoolisme ou la dépendance conduit intrigue et arc du personnage — thème central. 'Barfly' et 'Leaving Las Vegas' en sont les archétypes.
Le film d'alcoolique place la dynamique de la dépendance au centre — non pas comme une note de bas de page morale, mais comme la force motrice du récit lui-même. Ce qui le distingue : l'alcoolisme n'est pas un ingrédient de conflit parmi d'autres, mais l'action. Le personnage ne boit pas parce qu'il est dépressif ; il est dépressif parce qu'il boit — et cette spirale devient la narration. Concrètement sur le plateau : le rythme des scènes ne suit pas des tournants psychologiques, mais des transitions physiologiques et existentielles — sevrage, ivresse, désintoxication, rechute. La caméra ne se place pas à l'extérieur, mais à l'intérieur du corps du personnage.
Le scénario d'un film d'alcoolique travaille avec des schémas répétés plutôt qu'avec un arc narratif classique. Les scènes se répètent — le même tabouret de bar, le même verre, une raison différente (ou plus du tout). Cela devient évident en phase de montage : là où un drame monterait pour maintenir le rythme, le film d'alcoolique ne monte pas — ou monte dans un ennui en temps réel. Cela crée un malaise chez le public, non pas parce qu'il est dérangé, mais parce qu'il reconnaît qu'il n'y aura pas de résolution, seulement des variations. Ben Sanderson dans Leaving Las Vegas ne tombe pas dramatiquement ; il se dissout — chaque jour, chaque nuit, en répétition.
Le Piège Dramaturgique : Les films d'alcoolique sont souvent mal construits lorsque les réalisateurs veulent encore chercher une raison à l'alcoolisme — un traumatisme, une rupture, une motivation. Cela détruit le genre. Le film d'alcoolique ne fonctionne que si la dépendance devient inexplicable en soi, une condition plutôt qu'une conséquence. Cela le rend également impopulaire : le public veut la guérison ou du moins la compréhension. Ici, il n'y a que la continuation.
Le travail de la caméra s'oriente souvent vers l'instabilité physique — caméra à l'épaule dans les séquences d'ivresse, statique dans les moments de sobriété. Le concepteur sonore travaille avec le rythme cardiaque, la respiration, le son du verre plutôt qu'avec la musique. La lumière devient chaude et conciliante précisément lorsque le personnage touche le fond — un mensonge délibéré du langage cinématographique qui caractérise le genre. Faire un film d'alcoolique, c'est quitter la zone du cinéma de la surmontée (où les protagonistes gagnent) et entrer dans le cinéma documentaire — même s'il est fictif. C'est le pari esthétique.